Bonheur sens, sciences et conscience n° 10
- marie-pierredemon
- 16 janv.
- 6 min de lecture
Le bonheur : sens, sciences et conscience. Episode 10
Cet article traite des liens entre bonheur et

conscience
1 : La conscience
Le terme conscience désigne trois réalités distinctes :
la conscience comme éveil (être présent à la réalité) ;
la conscience morale (être conscient de ses actes) ;
la conscience comme savoir (par opposition à l'ignorance).
Dans la conscience comme éveil, le premier niveau qu’atteint l’enfant, souvent situé vers l’âge de 5 ans, est la conscience de soi.
Conscience de soi : Capacité à se reconnaître comme un individu distinct, doté d’une identité propre, de pensées et d’émotions
La conscience de soi diffère
- de la conscience des autres : aptitude à percevoir et reconnaître l’existence, les intentions et les émotions des autres individus
- de la conscience de l’environnement : faculté de percevoir et d’interagir avec le monde extérieur, incluant les objets, les lieux, les sons, les odeurs et les personnes qui nous entourent
néanmoins les 2 types interagissent en permanence.
La conscience morale vise davantage la conscience de la portée de ses actes, leurs conséquences, en termes d’éthique, elle est donc liée à la culture sociétale.
La conscience comme savoir concerne à la fois l’apprentissage d’éléments inconnus jusqu’alors, qu’ils soient extérieurs ou intérieurs. On parle souvent de passage de l’inconscient au conscient.
N.B. : Il existe un débat passionnant entre scientifiques pour savoir si la conscience est à l’intérieur du cerveau ou en dehors, (thèses matérialistes vs thèse spiritualistes) mais ce n’est pas notre propos ici.
2 : La prise de conscience
Le corolaire des 3 niveaux de conscience indique que la conscience est un processus qui évolue, et qui permettent donc une forme d’évolution de la personne dans ses savoirs, sur soi, les autres ou son environnement. Pour évoluer, il faut être conscient des passages de l’état n-1 à l’état n, pour être capable de les intégrer, qu’on nomme « prise de conscience ». De même, pour intégrer un apprentissage il faut cette prise de conscience de son incompétence, puis de sa nouvelle compétence à acquérir.
La prise de conscience est liée à la métacognition.
Métacognition : connaissance que le sujet a de ses propres processus de pensée et fonctionnement et de ceux d'autrui, et la possibilité de les réguler.
La prise de conscience nous permet de passer d’un niveau de conscience à un autre. Cela requiert une métacognition affective et cognitive : se voir ressentir et penser, être conscient de ses processus motivationnels, et resituer l’acte dans son ensemble, y inscrire une cohérence. La prise de conscience est liée à l’apprentissage à donner du sens. C’est peu à peu reconnaître les choses ou les événements qui vibrent en harmonie avec nos besoins, nos valeurs et nos buts, de ceux qui ne produisent pas d'effet, ou des effets contraires. C'est inhérent à l’apprentissage du choix, qui constitue une action ni égoïste, ni indépendante, mais autonome.
Dans le processus intégratif du bonheur que j’ai modélisé, l’apprentissage du bonheur se situe dans la progression de paliers de prise de conscience. Il faut connaître l’existence du phénomène (le vivre), apprendre la signification du phénomène (l’observer), apprendre la possibilité d’action sur le phénomène (le conceptualiser), apprendre la possibilité de reproduire et généraliser le phénomène (l’expérimenter en conscience). Ainsi, si une personne satisfait ses besoins ou s’engage dans des buts, ou peut vivre librement ses émotions, elle sera plus heureuse qu’une personne qui ne le réalise pas. Si elle prend conscience de ses besoins, de ses buts, du rôle des affects au long du processus, elle augmente ses chances d’être satisfaite, et pourra davantage ajuster ses actions. Si elle prend conscience qu’elle a la possibilité d’analyser et agir sur le processus, par des choix, par des croyances, en ne subissant pas ses émotions ou ses instincts, elle renforce encore. Si elle est capable de réinvestir, elle progresse davantage en autonomie.
3 : L’évolution de conscience
Chaque niveau de conscience agit comme un filtre à travers lequel nous percevons la réalité. Tant que nous sommes immergés dans ce filtre, il demeure invisible, puisqu’il fait partie intégrante de notre expérience. Ce n’est qu’en accédant à un autre état de conscience que nous prenons conscience du filtre précédent, car nos valeurs, notre rapport au monde et notre vision de la réalité se transforment. Expliquer ce processus n’est pas chose aisée : comment décrire à quelqu’un resté dans un niveau antérieur un filtre qu’il ne peut encore percevoir ? C’est un peu comme tenter de décrire une pièce à une personne qui n’y est pas encore entrée.
Le constat d’une nature humaine non pas figée, mais évolutive, est partagé. Platon avait déjà décrit une forme d’évolution de conscience avec l’allégorie de la caverne. Teilhard de Chardin, Jung, Abram Maslow et Carl Rogers et d’autres, ont approfondi la description de cet état de fait. Les auteurs contemporains sont de plus en plus nombreux à vivre et transmettre cet état de fait.
Jung a écrit une phrase célèbre, qui résume à elle seule l’individuation : « On ne se sait entier que quand on s’est redécouvert, lorsque l’on prend conscience de ce que l’on a toujours été ». Ainsi l’individuation correspond à une évolution de conscience progressive de l’être humain, qui, s’il se libère peu à peu de son ego, va accéder au Soi. Il s’agit bien de se redécouvrir : on ne devient pas quelqu’un d’autre. C’est pourtant une des peurs de la plupart des gens. « Je n’ai pas envie de changer je suis bien comme ça ». Toutes les personnes qui sont passées par ces phases, moi y compris, connaissent bien les résistances que l’on traverse, et reconnaissent ensuite que c’est l’ego qui chercher à s’autopréserver. Car l’individuation permet d’être toujours soi-même, mais avec plus de bonheur et de sérénité. Même si parfois il faut traverser des moments très difficiles.
Jung écrivait déjà en 1933 que les efforts répétés de prise de conscience conduisent à deux situations :
- Élargissement de conscience
- Démantèlement de la suprématie de l’inconscient sur le conscient.
La combinaison des deux phénomènes nous permet alors une modification de personnalité ; c’est ce que l’on nomme la transcendance. Jung a nommé « individuation » le chemin qui nous y mène.
Jonathan Haidt en décrivait le processus dans son ouvrage « L’hypothèse du bonheur ». Apprendre à être heureux, c’est apprendre à conduire un éléphant. Le cornac est le cavalier perché sur l’éléphant. Pas facile de diriger un animal de 6 tonnes : si l’animal veut aller à gauche et vous à droite, ni un petit coup de bâton, ni tirer sur les rennes comme pour un cheval ne vont suffire. La seule manière de conduire l’éléphant est d’être en parfaite harmonie avec lui. Dans la métaphore, le cornac représente le mental conscient, et l’éléphant tous les processus non conscients : instincts, émotions, croyances, etc. Tant que l’on ne les a pas intégrés et que l’on n’est pas en harmonie avec eux, ils sont aussi forts que l’éléphant pour diriger notre vie à notre place.
Les paliers de prise de conscience peuvent concerner un processus plus global d’élévation de conscience liée à l’évolution humaine, en lien avec l’autonomie, définie par rapport à la maîtrise de soi, de son intériorité, et la libération de ses conditionnements ou ego. Le bonheur en est à la fois le gestionnaire et l’évaluateur final. Lorsqu’une personne souhaite se réaliser, évoluer, le bonheur va contribuer à gérer les ressources pour atteindre ce but. Ce but est le plus élevé des buts, c’est pour cela que certains le nomment l’éveil et le rendent synonyme de bonheur.
Notre modèle intégratif de bonheur montre néanmoins que l’on peut accéder à l’état de bonheur sans cela, à d’autres niveaux. Des buts plus modestes, trouver le plaisir à travers les gestes quotidiens, cultiver sa vertu peut procurer du bonheur « évaluateur final ». Par contre, si le but dépend étroitement de ressources extérieures, dès que ces ressources disparaissent le bonheur n’est plus possible. Rappelons que le bonheur est le moteur, l’indicateur et le résultat d’un processus, la cohérence peut se trouver à l’intérieur même du processus, mais en réajustement perpétuel, car en concertation permanente avec un environnement mouvant.
La connaissance du processus bonheur mis en évidence par Marie-Pierre Demon Feuvrier est néanmoins cruciale comme grille de lecture pour savoir où chacun se situe dans l’autonomie vers ce processus, et avec quel(s) portion(s) de circuit fonctionne notre bonheur. Et plus une personne est heureuse, plus elle va aider naturellement les autres à l’être, car elle sait déjà que donner est aussi recevoir.
Si vous avez suivi ces 10 articles ou podcasts sur le bonheur, vous avez atteint les prérequis nécessaires pour le premier niveau de prise de conscience.
Reste à présent à accomplir l’essentiel : apprendre.

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